Donetio Cyd Numen

Je voudrais être un arbre.
Je suis tombé sur terre un soir de décembre, au pied d’un mélèze.
C‘est beau un mélèze, c’est grand, majestueux, éternel. Ses aiguilles d’un vert tendre, longues et douces, se laissent caresser comme un chat, et quand le vent les fait remuer doucement, on dirait presque qu’elles ronronnent. Il faut le voir aussi quand la lumière rasante de l’automne le traverse, doré, chaud comme un soleil ! Son plus beau costume pour sa dernière scène, avant que l’hiver ne le déshabille…

J’aimerais être un mélèze de quelque part, des Alpes ou des Rocheuses, de l’Himalaya, de la cordillère des Andes, de Nouvelle Zélande ou de Bulgarie.
Ou peut-être un bouleau, ça aussi c’est un bel arbre le bouleau, léger, transparent, et surtout murmurant comme aucun autre ne sait le faire. Quand j’étais morpion, on en décorait les murs des maisons à certaines occasions. Ce jour là, dès que la moindre brise agitait leurs branches, tout le village semblait se mettre à parler, les murs chuchotaient pour se raconter on ne sait quelles histoires, des histoires de clocher peut-être, des histoires de gens sûrement, il se passe tellement de choses derrière les murs, mais ils parlaient si bas qu’on n’a jamais pu savoir.
Et regardez les en hiver, les bouleaux, c’est encore plus beau, tous ces traits noirs sur les troncs blancs, on dirait une eau-forte de Rembrandt !

Je voudrais être un bouleau de quelque part, de Corse ou de Russie, de Chine ou de Savoie, des Balkans ou des Appalaches.
Il n’y a que le hêtre qui puisse rivaliser avec ces deux là ! Plus grand que l’érable, plus majestueux que le chêne, plus… tout quoi ! Le sommet, c’est le hêtre pourpre, un grand cœur bruissant posé sur son artère ligneuse, ça donne envie d’habiter dedans, de se pelotonner dans le feuillage, de jouer au Baron perché et d’y passer sa vie, à l’abri, au dessus, loin…
Ah, être un hêtre ! de Fontainebleau, de Turin, de Montréal.
Mais hêtre, bouleau, mélèze, baobab ou palmier, acacia, cèdre du Liban, kapokier d’Amazonie ou sapin de la Forêt Noire, il a fait très fort ce Dieu que l’homme a inventé quand Il a créé l’homme et les arbres ! Chapeau le Mec !

Moi je suis un arbre vagabond, et si je ressemble parfois à un arbre domestique, c’est que mes racines plongent dans un pot. Un pot de peinture. Voilà ma vraie patrie, un arbre qui plonge ses racines dans un pot de peinture. La peinture c’est comme les arbres, elle est de partout ; la peinture et les arbres habitent le monde et moi aussi.

Je suis DONETIO CYD NUMEN. Ça ne veut rien dire. En fait c’est un jeu, l’anagramme de " citoyen du monde ", mais je n’aime pas cette formule trop à la mode, même si j’adhère à ce qu’elle recouvre. Alors je suis " donetio cyd numen ", mais lequel ? Je n’ai pas de recette, mais ce qui est sûr, c’est que c’est un monde ou il y a des hommes, des arbres, de la peinture, et plein d’autres choses, le nôtre quoi, juste changer le mode d’emploi, et le remettre en ligne pour que tout le monde en profite.
Et puis surtout bien faire attention aux arbres.

Je suis né quelque part, certes, mais " être né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard ", j’aurais pu naître ailleurs, et je mourrai ailleurs, quelque autre part, où ? Je m’en fous, pour celui qui est mort ça n’a plus d’importance. D’ailleurs je ne suis pas pressé…
Je suis de là où je suis au moment où j’y suis, dans mon arbre, dans mon pot de peinture. Et tous ceux qui le veulent, les blacks blancs beurs et autres si affinités sont invités à monter dedans. Moi je ferai leurs portraits, et après, une belle expo arc-en-ciel, et on finira par une putain de fête, une putain de fête mondiale !

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